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A Kercado, les commerces bientôt sous l'oeil des caméras

ouest-france.fr - 27/08/10

Le centre commercial n'a déjà pas une disposition très propice à la fréquentation. Depuis plusieurs années, entre cellules désaffectées et mauvaises fréquentations, les commerçants ont le sentiment de perdre en attractivité.

La Ville est décidée à mettre en place les caméras de vidéo-surveillance que les commerçants lui réclament, dans un quartier où l'insécurité serait d'abord un sentiment d'insécurité.
Insécurité ou sentiment d'insécurité ? L'incendie du snack La Modéna, le 17 août, au coeur du centre commercial, a marqué les esprits et alimente à nouveau le débat dans un quartier qui n'a pas envie de passer pour ce qu'il n'est pas, tout en cherchant les moyens du « mieux vivre ensemble ».
A l'initiative de la mairie, une réunion se tenait, hier, au centre social, dont la gestion a été reprise par la Ville depuis deux ans. Elle réunissait autour du maire, François Goulard et plusieurs de ses adjoints, le commissaire de police de Vannes, Vincent Le Borgne, le responsable du commissariat de quartier, les commerçants et les acteurs sociaux et associatifs du quartier.

Le quartier n'est pas laissé pour compte.

On l'aura compris, Kercado et ses 10 000 habitants ne sont pas les laissés pour compte d'une ville qui prend grand soin de ne pas stigmatiser cette cité des années 70, comme un nid de délinquance. Les statistiques plaident d'ailleurs en ce sens.

« Concernant les faits délictuels, les chiffres sont plutôt bons et en baisse. Ce qui ne veut pas dire que le sentiment d'insécurité n'est pas justifié, analyse François Goulard. Il suffit d'une poignée de jeunes majeurs dont la seule présence dissuade les gens de fréquenter le centre commercial. »
Kercado ne se résume pas au centre commercial et tout Kercado ne passe pas par le centre commercial. Sauf qu'il a vocation à animer le quartier et qu'il cristallise la crispation de certains habitants et des commerçants, lassés. Le commissaire Vincent Le Borgne avoue tout de go ne pas toujours comprendre pourquoi « l'incendie d'un commerce crée un tel émoi, quand, l'an dernier, la moitié des locaux poubelles sont partis en fumée de l'autre côté de la rue sans que cela ne donne lieu à des réactions particulières ».

Un petit groupe de « caïds »

Pour autant, il admet qu'un petit groupe de jeunes habitants, âgés de 18 à 25 ans, installés dans les petits trafics, met la pression sur la zone commerciale. La police a beau inviter les habitants à renseigner le commissariat de quartier, il y a de l'hésitation dans l'air. « Peur des représailles, argumente un commerçant. Ici, c'est comme le terrain de jeu de petits caïds. »
Pour un voisin, « il ne s'agit pas d'agressions physiques, d'agressions verbales tout au plus. Mais, ces jeunes qui ne font rien, ça effraie une certaine clientèle. » Un « stationnement » en bande, peu propice au commerce. Comme ces scooters qui pénètrent à fond les gaz, dans ce carré fermé. Les commerçants ne se plaignent pas de ne pas travailler. Ils se fatiguent de ne pas le faire dans les conditions de sérénité optimales. La preuve, quand les langues se délient, c'est avec le souci de l'anonymat.

Des habitants qui s'impliquent.

Dans ce contexte, les caméras de surveillance annoncées par François Goulard dans les mois à venir font l'unanimité auprès des commerçants. « Elles ne régleront certainement pas tout. Elles déplaceront peut-être le problème des petits trafics à visage découvert, mais si, déjà, elles peuvent rassurer les chalands. Après tout, celui qui n'a rien à se reprocher ne craint pas les caméras », argumente l'un d'eux.
Elles ne seront pas simples à installer dans un lieu fermé en carré, peu rationnel en matière de disposition commerciale. « C'est une conception datée, remarque un élu, mais pas très facile à remettre en cause avec 15 copropriétaires différents. » Et des cellules vides pas très avenantes. La Ville en est consciente. C'est pour ça qu'elle a mis sur pied un petit marché qui reprend le 15 septembre.
Quant à la population, aux dires des associatifs ou animateurs sociaux qui travaillent à ses côtés, elle a soif de s'impliquer dans la vie de son quartier. « Le centre social réalise un travail de fond en proposant des activités, en sortant de ses murs », explique David Robo, adjoint aux affaires sociales.
« Les jeunes, on arrive à aller vers eux, remarque Philippe Le Gouic, directeur du centre social. Nouer le contact avec des jeunes adultes qui fonctionnent en groupe fermé, c'est un travail de bien plus longue haleine. » Surtout que certains d'entre eux vont et viennent et alternent les séjours en prison et une reprise d'activité dans un quartier qui se passerait bien de leur service.